« Il faut prendre le temps d’observer, d’aiguiser son regard »

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« Il faut prendre le temps d’observer, d’aiguiser son regard »

Grégory Perrin aime les paysages, ou plutôt ses chers territoires de l’Aubrac. Ce photographe paysagiste était donc destiné à prendre en main le tout nouveau Tamron SP 15-30 mm f/2,8 Di VC USD monté sur son Canon 5D Mark III.

A travers cette interview bucolique, Grégory partage son sentiment, ses sensations et surtout ses astuces de prises de vue avec ce zoom haut de gamme, ultra-grand-angle, taillé pour le paysage.

Bonjour Grégory, c’est « quoi » un beau paysage selon vous ?

Il me semble que l’on pourrait passer des heures à débattre sur la photo de paysage. Je crois qu’une belle image, quelque soit le genre de photo, est une image qui va arriver à déclencher une émotion chez celui qui regarde.

Il y a la qualité de la lumière qui compte beaucoup. Il est bien rare d’arriver à réaliser une belle photo à midi par exemple. La recherche de couleurs me semble importante aussi, des herbes de fin de saison avec des tonalités chaudes jaunes orangés et un ciel bien gris orageux offrent par exemple des contrastes saisissants.

L’aspect graphique et la composition de l’image sont importants aussi, l’équilibre des différents plans, la position d’un élément qui se distingue sur l’horizon (comme un arbre ou un personnage), mais aussi l’utilisation des perspectives (un chemin ou le lit d’une rivière placés dans la composition pour donner du dynamisme et guider le regard).

Il est aussi primordial de trouver un équilibre entre l’exposition des différents plans. Lorsqu’il s’agit d’un cliché qui combine des éléments du sol et du ciel il faut veiller à limiter les écarts d’exposition (certaines heures sont plus favorables) On peut par exemple diminuer cet écart avec des filtres gris dégradés ou encore harmoniser ce rendu en post traitement. A l’inverse on peut privilégier le jeu des «ombres chinoises » pour détacher une silhouette ou une forme sur un fond de ciel très coloré. Les conditions météorologiques sont décisives. La présence de nuages, de brumes, sont souvent des éléments à intégrer dans sa composition pour une meilleure dynamique.

La photo de paysage est très exigeante. Il faut prendre le temps d’observer, d’aiguiser son regard, de se déplacer et de choisir le bon moment.

Tamron SP 15-30 mm + Canon EOS 5D Mark III
Focale : 15 mm
1/10 sec ; f/18 ; 640 ISO

Quelles sont vos techniques préférées pour photographier un paysage?

Pour les paysages je suis souvent partisan d’utiliser les objectifs à leur focale la plus extrême. J’utilise à la fois le grand angle et le téléobjectif. D’instinct l’utilisation d’un ultra grand-angle est plus naturelle pour moi. Avec l’expérience l’utilisation de longues focales devient aussi très intéressante pour obtenir des rendus différents ou tasser les perspectives. Je travaille toujours en mode priorité ouverture (mode A) tout en recherchant une vitesse me permettant d’avoir une exposition convenable. J’ai beaucoup utilisé les filtres gris dégradés pour équilibrer mes expositions sol-ciel. L’utilisation du trépied pour les vitesses lentes est souvent bien utile. Ensuite pour la composition, règle des tiers, 50 50, la plongée, la contre plongée, le high-keys comme pour les paysages de neige, je n’ai pas vraiment de préférences. Je me laisse vraiment aller à l’inspiration du moment.

Tamron SP 15-30 mm + Canon EOS 5D Mark III
Focale : 15 mm
1/15 sec ; f/18 ; 1000 ISO

Dans ces conditions pourquoi un objectif comme le Tamron SP 15-30mm F/2.8 SP Di USD peut-il intéresser un photographe de paysage ?

Sur un boitier plein format, c’est l’ultra grand angle par excellence. La plage de focale entre 15 et 30mm assure plus de polyvalence et de possibilités lors des prises de vue sur le terrain qu’une focale fixe par exemple. Il est très lumineux, stabilisé et cela apporte du confort à l’utilisation. On peut travailler à des vitesses plus élevées et envisager bien souvent de se passer d’un trépied. C’est loin d’être anodin si on prend en compte les kilomètres que l’on peut parcourir pour réaliser une photographie. Par ailleurs il offre des choix créatifs atypiques et ambitieux. L’ouverture à F/2,8 permet de cadrer en mode paysage et faire le point sur une fleur tout en la détachant du fond grâce au flou d’arrière plan : cela amène de la douceur dans les images tout en valorisant le sujet. De même avec ce genre d’objectif on peut travailler jusqu’au crépuscule, avec une plus grande vitesse et sans trop monter dans les ISO.

Quel est l’apport d’un tel objectif par rapport au Tamron SP 24-70mm que vous aviez l’habitude d’utiliser ? Pourquoi ?

Les deux objectifs sont taillés pour le plein format. Le SP 15-30 mm est le zoom ultra grand-angle par définition (même si j’imagine qu’il doit aussi très bien se comporter sur APS-C). Le SP 24-70 mm est le transtandard par définition, l'objectif de base à avoir forcement dans son sac photo.

Le Tamron SP 24 70mm est une optique que je conseille souvent lorsque quelqu’un souhaite investir dans un zoom standard pour faire tout type de photo professionnelle. Son rapport qualité prix est sans doute le meilleur du marché actuellement dans ce "range".

Il me semble compliqué de comparer ces deux objectifs car ils ne sont pas destinés à la même utilisation du fait de l'angle de prises de vue. Ces deux objectifs sont complémentaires, indispensables l'un et l'autre car ils offrent des possibilités créatives différentes tout en ayant des qualités d'exceptions.

Tamron SP 24-70 mm + Canon EOS 5D Mark III
Focale : 29 mm
1/60 sec ; f/1,4; 800 ISO

Tamron SP 15-30 mm + Canon EOS 5D Mark III
Focale : 15 mm
6 sec ; f/22; 250 ISO

Vous avez tenté durant cette prise en mains des prises de vue en contre-plongée, aidé en cela par le champ couvert par cette optique. Pourquoi ?

J’ai utilisé la contre plongée pour deux raisons. En premier lieu il y avait une volonté de changer de point de vue pour sortir des sentiers battus afin d’obtenir des clichés plus originaux.

Pour réaliser cette image (ndlr : ci-dessous) j’avais posé mon appareil au sol avec le retardateur. L’angle de champ de cet ultra grand angle m’a permis à la différence d’un grand angle (24 mm) ou d’un zoom plus classique (comme le SP 24-70 mm) de faire rentrer sur mon image un maximum des tiges et feuilles des plantes.

Reste que la contre plongée associée à un cadrage très large permet d’obtenir du dynamisme dans l’image. Le regard est ainsi porté des tiges vers les fleurs, puis des fleurs vers le ciel. Celui qui regarde est comme « aspiré »

Tamron SP 15-30 mm + Canon EOS 5D Mark III
Focale : 16 mm
1/10 sec ; f/22 ; 100 ISO

Cette optique se distingue de la concurrence par ses dotations technologiques : ouverture F/2.8, stabilisation, tropicalisation. Représentent-elles un atout concret sur le terrain ?

L’ouverture 2,8 représente un atout majeur sur le terrain du fait des facilités à travailler lorsqu’il y a peu de lumière (temps couvert, levé et couché de soleil, le crépuscule…) en gardant une vitesse de sécurité convenable. La grande ouverture peut aussi amener à de nouvelles possibilités créatives en ouvrant le diaphragme on peut plus facilement travailler le flou autour du sujet.

On dit souvent qu’en paysage la stabilisation optique n’est pas indispensable, c’est vrai. Mais il me semble important de dire que dans certaines conditions particulières, cela ne vient pas en moins, bien au contraire ! Je me rappelle d’une sortie où j’avais besoin de partir très léger. Grâce à la stabilisation j’ai pu travaillé sans trépied et réussir mes images à 1/6ème avec un rendu impeccable. La stabilisation Tamron s’est montrée très efficace en de telles circonstances et représente un confort technique plus qu’appréciable.

La tropicalisation est très importante à mes yeux. L’objectif est relativement compact, et inspire confiance sur sa robustesse. Il en affiche ! Personnellement je me retrouve souvent dans des conditions extrêmes et très changeantes à la recherche d’ambiances fortes. Avec un tel équipement je n’hésite pas à partir sous la pluie, dans le froid et la neige : l’eau a déjà ruisselé plus d’une fois sur cet objectif, rassuré par la qualité de fabrication générale et sa tropicalisation. Pour conclure, les caractéristiques techniques de ce Tamron SP 15-30 mm sont des atouts bien réels dans ma pratique.

Tamron SP 15-30 mm + Canon EOS 5D Mark III
Focale : 15 mm
1/6 sec ; f/11 ; 1000 ISO

En paysage la gestion d’un premier plan est souvent une préoccupation pour dynamiser une image. Reste qu’à de telle focale, la qualité optique est primordiale pour éviter des déformations malheureuses. Comment se comporte cet objectif ?

La qualité optique c’est l’atout majeur de cet objectif. On dit souvent de l’ultra grand angle qu’il faut diaphragmer un peu pour réduire la « mollesse » sur les bords. Avec cette optique lorsque j’ai constaté le rendu sur l’écran de mon pc j’ai été très surpris par la propreté des images sur les bords. Par ailleurs il y a peu ou pas d’aberrations chromatiques et il se comporte très bien en contre jour. La qualité optique est homogène et vraiment excellente ; le rendu final des images impressionne même sur les bords quelque soit l’ouverture.

Tamron SP 15-30 mm + Canon EOS 5D Mark III
Focale : 19 mm
1/400 sec ; f/22 ; 640 ISO

À propos de l’auteur : Gregory Perrin

Auteur-Photographe, Gregory est un autodidacte, passionné de nature et de macrophotographie. Vivant à la campagne, entre Lyon et Grenoble, il n’a que quelques mètres à faire pour atteindre les champs les plus proches qui constituent certains de ses terrains de jeux favoris. Depuis plusieurs années, il est l’un des ambassadeurs Tamron. À ce titre, Gregory teste longuement les objectifs et nous fait part de ses remarques. Toujours avide de partager ses connaissances, il anime des conférences pour divers salons et événements photographiques.

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